Comment les libertariens abordent-ils la question de l'immigration ?

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Introduction

L’immigration est sans doute l’un des sujets les plus brûlants et médiatisées de l’époque. Mais loin des petites préférences des uns et des autres affichés habituellement sur les plateaux TV, je vais vous présenter la vision libertarienne de l’immigration fondée sur les principes du droit naturel. Restez bien jusqu’à la fin, vous pourriez être surpris!

Pour aborder cette question, reposons les bases juridiques de la liberté : une société libre est caractérisée par la capacité de chaque individu à agir selon sa propre volonté dans le cadre de sa propriété privée et à négocier ses droits de propriété sans entraves avec autrui. Dans cette optique, l’agression correspond à une atteinte de la propriété d’autrui et nous fait sortir du champ de la légitimité du droit naturel.

La propriété privée va donc nous servir d’élément central pour penser la question de l’immigration. Vous allez voir que la crise actuelle de l'immigration est due au déni des droits de propriété, et que dans le domaine de l'immigration comme dans tous les autres, une approche véritablement libérale ne peut pas verser dans l’utilitarisme, terreau de la coercition, mais uniquement se fonder sur les principes du droit naturel.

1. Situation actuelle

Dans les systèmes politiques actuels, l'État est le gérant exclusif du domaine public, y compris des routes, des parcs et d'autres espaces communs. Cette appropriation par l'État du domaine public lui confère un contrôle significatif sur la gestion de l'immigration, puisqu'il décide qui peut entrer et résider dans ces espaces.

Cette gestion étatique de l'immigration sur des territoires publics se fait sans l’assentiment des populations qui y vivent, qui hélas n’ont aucun pouvoir de discriminer puisque les droits de propriété n’y sont pas définis. Quand c’est l’État qui dispose du territoire, les habitants n’ont pas de contrôle direct sur les décisions d'immigration qui affectent leur propre environnement et leur qualité de vie.

Cette étatisation des territoires combinée aux politiques dites “sociales” (de redistribution forcée) crée des incitations à l'immigration, attirant principalement des individus les moins productifs (ceux qui ont intérêt à émigrer pour toucher de l’argent sans compter sur leur force productive) au détriment des plus productifs (ceux qui n’ont pas intérêt à émigrer car ils toucheront mieux ailleurs compte-tenu de leur productivité et de leur valeur sur le marché).

Ces politiques d’avantages sociaux imposent un fardeau économique supplémentaire sur les habitants productifs. Cette situation crée une incitation perverse pour les immigrants à bénéficier d’un système social sans y avoir contribué au préalable, entraînant une pression fiscale accrue et une allocation inefficace des ressources.

Cette politique publique entraîne bien sûr des réactions négatives du fait qu'elle impose aux habitants originels des immigrants qui vivent à leurs dépens. Par extension, l'immigration de masse menace l'homogénéité culturelle et sociale par ce que Hans-Hermann Hoppe appelle l’intégration forcée. Cela correspond à une non-intégration, avec des conséquences néfastes sur la cohésion culturelle.

Ainsi, les normes et les valeurs partagées, essentielles à la stabilité sociale et à la coopération, pourraient être diluées. Ce qu’on nomme aujourd’hui multiculturalisme naît de ces politiques d'immigration de masse. Comment voulez-vous récoltez autre chose que des divisions dans l’ordre social à partir du moment où vous imposez à des populations d’origine d’autres populations qui n’ont pas été accepté volontairement par les premières? Vous obtenez le chaos et la défiance des uns envers les autres.

L’insécurité peut découler aussi de l'immigration de masse imposée par l’État. Sans contrôle approprié et sans sélection basée sur les critères des propriétaires privés, l’augmentation des conflits sociaux et des problèmes de criminalité devient inévitable. Ainsi, quels que soient les critères choisis pour discriminer à l’entrée, les propriétaires doivent pouvoir les appliquer sans aucune entrave.

L’immigration de masse est une conséquence des agissements de l’État.

2. Revenir à la propriété privée

Dans une perspective radicalement libérale, la liberté d'émigrer et d'immigrer correspond à une liberté de mouvement. Concrètement, je suis en mesure d’utiliser mon corps et mon esprit pour prendre la décision de me déplacer partout sur Terre et de le faire effectivement. Nul ne peut m’empêcher ce mouvement.

Oui, sauf que ma liberté de mouvement est toujours conditionnée par la propriété privée des autres. Je ne peux pas fouler le sol de toutes les propriétés du monde sans accord des propriétaires. C’est d’ailleurs pourquoi les “no-borders” (sans frontiéristes) ont tort sur le plan du droit. M’incruster chez vous et squatter votre canapé n’est pas la liberté, c’est une agression !

Il faut prendre la libre circulation des marchandises et celles des hommes de la même manière. Il ne peut y avoir aucune différence de droit. Les produits étrangers dont vous bénéficiez dans une boutique française ne sont pas arrivés là par hasard : ils ont d’abord été désiré par le propriétaire de la boutique. Pourquoi en serait-il autrement pour les hommes? Nul ne peut fouler ma propriété sans mon accord.

C’est à cet endroit que l’on retrouve logiquement toute la symétrie du droit. Si l’autre peut se déplacer car lui-seul est en mesure de décider et de se mouvoir sans entraves, j’ai le droit de discriminer quiconque à l’entrée de ma propriété privée au nom de la légitime défense. Le droit fonctionne précisément parce qu’il est symétrique : les droits de propriété implique de facto la non-agression.

La liberté de déplacement ne signifie donc pas le droit absolu d'aller partout, mais d’aller là où on est accepté. Cette liberté ne force personne à accepter un échange indésirable, tout comme elle ne force personne à se déplacer par la force. Tout se passe par la contractualisation et la négociation dans le cadre du droit privé.

Par ailleurs, il faut faire cet effort de distinction claire entre la liberté de circulation, droit légitime de propriété et le “droit à immigrer”, qui doit être totalement contesté. La liberté de circuler ne signifie pas un droit automatique de résider et de travailler dans une propriété qui n'est pas la sienne : il faut toujours le consentement du propriétaire. La liberté de circuler est donc nécessairement conditionnée par le droit de propriété.

Dans un tel système de propriété privée, il est alors tout à fait envisageable que des micro-territoires se révèlent fort xénophobes à l’égard de certaines populations, et que les propriétaires en question leur en refusent l’entrée. Cela peut vous choquer moralement, mais sachez qu’ils en auraient absolument le droit. Comment pourriez-vous outrepasser le droit de propriété des autres?

Par ailleurs, que diriez-vous si ce sont ces autres qui vous imposaient leurs préférences? D’un seul coup, vous seriez sans doute paniqués, non? Vous ne pouvez rien faire quant aux décisions des autres et personne ne peut vous imposer quoi que ce soit en retour. La liberté est conditionnée par ce principe de non-agression, qui devrait être au fondement de cette question sociale des déplacements humains.

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L’immigration, comme tout problème social, se règle par la propriété privée

3. Libre association et libre exclusion

Une fois qu’il est établi que l’immigration est un problème social comme un autre qui se règle par la propriété privée, il est bon de creuser en détails dans les implications de ce système de droit privé, notamment en évoquant l’association et l’exclusion, deux droits légitimes de propriété que quiconque serait en droit d’exercer dans la société libre.

Chaque propriétaire aurait le contrôle absolu de son terrain ou de sa résidence, y compris le droit de définir qui est autorisé à entrer ou à résider sur cette propriété. Cette perspective repose sur l'idée que les droits de propriété incluent non seulement la possession de biens matériels, mais également la gestion et le contrôle de l'accès à ces biens.

Lorsqu'on applique ce principe au contexte de l'immigration, cela signifie que dans une société anarcho-capitaliste, la gestion de l'immigration serait principalement une affaire de décisions privées et non de politiques étatiques. Les propriétaires individuels, qu'ils soient des particuliers ou des collectifs (co-propriétés), détermineraient qui peut traverser et résider sur leurs terrains.

Cette approche pourrait conduire à la création de communautés basées sur des critères spécifiques définis par les propriétaires. Ces critères pourraient inclure des affinités culturelles, linguistiques, religieuses ou idéologiques. Ainsi, contrairement aux systèmes d'immigration centralisés qui appliquent des règles uniformes, le modèle d’immigration fondé sur la propriété privée permettrait une diversité de normes et de préférences au sein des différentes communautés.

Dans ce modèle, les interactions entre immigrants et communautés seraient régies par des contrats. Les immigrants seraient admis sur la base d'accords mutuels avec les propriétaires, respectant ainsi les droits de propriété et les préférences individuelles. Cette méthode de gestion de l'immigration favoriserait la cohésion de l'ordre social. Les communautés seraient plus susceptibles de maintenir leur intégrité culturelle et sociale, car elles auraient le contrôle de qui entre et s'intègre dans leur environnement.

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Stop. Ne me marche pas dessus!

4. Immigration, avantages économiques & valeur

Pour les libertariens de l’école autrichienne (ce qui devrait être une norme), il est clair que ce qui constitue la richesse est subjectif, et la richesse dite matérielle n’est évidemment pas la seule chose ayant de la valeur. Ce qui veut dire que même si les revenus réels montent du fait de l’immigration, il ne s’ensuit pas que l’immigration doive être considérée comme bonne ou obligatoire.

Ce simple calcul économique oublie totalement la subjectivité de chacun des individus : on peut préférer un niveau de vie moins élevé mais rester entre personnes qui désirent se fréquenter, plutôt qu’avoir un niveau de vie supérieur mais être contraint de vivre avec des gens dont nous ne voulons pas.

Il est alors très facile de trancher cette question : les individus doivent choisir ce qu’ils désirent en matière d’immigration, bien au-delà des considérations économiques, qui jamais ne peuvent justifier la coercition et l’imposition de population sur un territoire donnée. Je crois d’ailleurs pouvoir dire que nous sommes nombreux à préférer vivre un peu moins bien mais en totale sécurité et sans phénomènes culturels dérangeants, non?

Ce développement vient naturellement se greffer après que j’ai posé les bases de la situation actuelle et de la propriété privée comme fondement du libre choix, et je pense que vous comprenez pourquoi. La vision anarcho-capitaliste implique que toutes les décisions doivent être prises en tenant compte de la volonté des propriétaires qui ont des préférences subjectives et qui ont le droit légitime de choisir auprès de qui ils souhaitent coexister.

C’est seulement par cette approche subjective de la richesse que l’on est en mesure de prendre de la hauteur et de dépasser la simple richesse matérielle. Il faut alors englober la qualité de vie, la sécurité, la cohésion culturelle et les valeurs partagées. Par conséquent, même si l'immigration peut apporter des avantages économiques, elle pourrait tout simplement compromettre la stabilité de l’ordre social.

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La richesse des uns n’est pas celle des autres.

5. Vers une immigration limitée et sélective

Hans-Hermann Hoppe, philosophe et économiste libertarien, évoque dans son ouvrage majeur “Démocratie, le Dieu qui a échoué”, un modèle fondé sur une immigration limitée, combiné à un libre-échange sans entraves. Il précise que le principe directeur de la politique d’immigration d’un pays à hauts salaires doit considérer les hommes comme les biens : tous deux doivent être invités. On revient donc bien au principe de la propriété privée.

Tout comme chaque mouvement de biens reflète un accord entre un expéditeur et un destinataire, tous les mouvements d’immigrants vers et au sein d’une société libre devraient être le résultat d’un accord entre l’immigrant et un ou plusieurs propriétaires privés locaux le recevant et engageant leur responsabilité quant à l’immigrant. Vous voyez que tous nos concepts se réunissent désormais.

Dans une telle société de droit privé, il n’existerait donc pas de droit à l’immigration ni de droit de passage des immigrés. Il existerait bien au contraire une liberté de tous les propriétaires privés indépendants d’admettre ou d’exclure quiconque de leur propriété conformément à leurs propres titres de propriété. On pourrait donc imaginer que des territoires soient relativement faciles d’accès, tandis que d’autres seraient extrêmement excluant.

Les invitations valides seraient des contrats entre un ou plusieurs accueillants privés locaux et une ou plusieurs personnes arrivantes. L’admission implique que l’immigrant sera exclu de toute éventuelle aide sociale réservée à la communauté locale et financée volontairement pour la servir. D’autre part, elle implique que l’accueillant doit assumer l’entière responsabilité des actes de son invité pour la durée de son séjour.

Cela signifie que l’accueillant est tenu responsable de tout crime commis par l’invité contre la personne ou les biens de tout tiers. Cette obligation impliquera sans doute que les accueillants devront souscrire une assurance de responsabilité civile pour tous leurs invités tant qu’ils occupent le territoire sur lequel ils ont été admis. Il n’est tout simplement pas possible d’envisager l’immigration dans le monde libre sans responsabilité puisque cette dernière est toujours reliée à la propriété privée.

Il y a fort à parier que l’immigration dans le monde libre serait conditionnée par certains critères, dont le fait d’avoir un contrat de travail avec un résident et un logement assurée (sans doute par le biais de l’invitant), et un tas d’autres critères qui pourraient varier selon les attentes. Au hasard, on peut admettre que certains propriétaires feraient passer des tests de maîtrise de l’anglais, de performances intellectuelles (qui devront être très supérieures à la moyenne) et qu’ils s’assureraient que l’invité possède une culture compatible avec le système de valeurs en place sur le territoire concerné.

J’aime autant vous dire que tout cela est très probable puisque les propriétaires auraient des incitations très fortes à la conservation de leurs territoires. S’ils ne prennent pas garde à qui entre et sort de chez eux, ils pourraient bien engendrer des conflits, dévaloriser leur propriété et faire fuir les habitants, qui iraient voir ailleurs puisque la concurrence serait libre. Lorsqu’un territoire est administré par des individus qui sont motivés à le valoriser, l’extrême prudence est de mise.

Lisez Hans-Hermann Hoppe pour passer un cap dans votre degré de compréhension sur la question de l’immigration (et pas que!).

Conclusion

Nous subissons une invasion organisée de la part de l’État parce que tout le territoire est sous son contrôle. Tant que le domaine sera dit public, n’espérez aucun contrôle direct sur l’immigration. Bien sûr, certains gouvernements pourraient se révéler plus répressif que d’autres, mais fondamentalement nous reviendrons à la coercition des uns sur les autres.

C’est pourquoi les libertariens traitent la question par la propriété privée, permettant d’inclure et d’exclure librement quiconque d’un territoire ou d’une propriété donnée. Bien sûr, une telle stratégie suppose de regagner notre souveraineté territoriale, raison pour laquelle nous militons fermement pour toute forme de décentralisation et de sécession.

Le droit légitime de discriminer quiconque sur sa propriété et à l’inverse d’inviter quiconque sur sa propriété symbolisent la règle selon laquelle l’immigration devrait être traitée. Toute autre conception immigrationniste supposera toujours intervention de l’État, utilitarisme et donc imposition du projet des uns sur la vie des autres.


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